PIGISTES - RELATION DE TRAVAIL

Guide CFTC FMM
Dernière mise à jour : mai 2026
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Pigistes — statut et relation de travail

Comprendre la pige, la présomption de salariat, les pratiques de France Médias Monde, la différence entre CDI à la pige et journaliste permanent, et les preuves à conserver.

En bref
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La pige n’est pas un statut autonome. C’est un mode de rémunération à la tâche.

Le journaliste professionnel rémunéré à la pige bénéficie de la présomption de salariat.

Une collaboration régulière peut être reconnue en CDI à la pige, sans basculer automatiquement vers un poste permanent, mensualisé ou à temps complet.

La distinction entre pigiste et journaliste permanent dépend surtout des conditions concrètes de travail, du mode de rémunération et du degré d’intégration dans la rédaction.

La pige n’est pas un statut
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Il faut parler de journaliste rémunéré à la pige plutôt que d’un « statut de pigiste ». La pige désigne une rémunération à la tâche, selon une commande, un format, un barème ou une unité de production. Elle ne retire pas au journaliste sa qualité de salarié lorsque les conditions légales sont réunies.

Est journaliste professionnel, au sens de l’article L7111-3 du Code du travail, la personne qui exerce principalement, régulièrement et contre rémunération sa profession dans une ou plusieurs entreprises de presse, publications, agences de presse ou entreprises de communication audiovisuelle, et qui en tire le principal de ses ressources.

La CCNTJ précise également que le journaliste professionnel employé à titre occasionnel n’est pas tenu de consacrer une partie déterminée de son temps à l’entreprise à laquelle il collabore. Il doit fournir une production convenue, dans les formes et délais prévus par l’employeur.

La carte de presse aide à prouver la qualité professionnelle, mais elle ne la crée pas à elle seule. La nature réelle de l’activité, sa régularité, les ressources tirées du journalisme et les éléments de production restent déterminants.

La présomption de salariat

L’article L7112-1 du Code du travail prévoit que toute convention par laquelle une entreprise de presse s’assure, moyennant rémunération, le concours d’un journaliste professionnel est présumée être un contrat de travail. Cette présomption subsiste quels que soient le mode de rémunération, le montant versé ou la qualification donnée par les parties.

La formule doit donc être précise : ce n’est pas n’importe quel contributeur payé à la tâche qui bénéficie de cette présomption, mais le journaliste professionnel. Le principal des ressources s’apprécie au regard de l’activité journalistique globale, toutes collaborations confondues, et non seulement média par média.

L’employeur qui veut écarter la présomption doit établir une véritable indépendance dans l’exécution du travail. Les juges examinent notamment le choix réel des sujets, les consignes éditoriales, l’organisation des reportages, les validations, le contrôle des productions, les moyens fournis et l’intégration dans la rédaction.

Salaire, pas facture. En France, l’activité journalistique exercée dans un cadre de commande et de collaboration avec une entreprise de presse doit être rémunérée en salaire. L’article L311-3 du Code de la sécurité sociale rattache notamment au régime général les journalistes professionnels et assimilés dont les fournitures sont réglées à la pige.

Ce que prévoit FMM

L’accord d’entreprise de France Médias Monde prévoit que les journalistes rémunérés à la pige exerçant leur activité sur le site de FMM bénéficient d’un engagement écrit. Il rappelle aussi que la convention conclue avec un journaliste professionnel est présumée être un contrat de travail et que le pigiste est rémunéré à la tâche selon un barème examiné lors de la négociation annuelle obligatoire.

Rédaction Pratique interne à présenter avec prudence
RFI Le CDD est déclenché à partir du cinquième jour de pige ayant le même objet.
France 24 La rémunération à la pige est privilégiée, sauf pour les longs remplacements.
MCD Le recours au CDD est privilégié par rapport à la pige.

Commande et paiement. Lorsque le secrétariat général annule une pige 48 heures ou moins avant la date prévue, celle-ci est payée intégralement (Questions DP d’avril 2017). Les pigistes sont également payés à 100 % pendant leur période de formation et de doublon (Questions DP de février 2017).

Jurisprudence FMM à connaître. Dans l’arrêt du 13 mai 2015, concernant France Médias Monde, la Cour de cassation a rappelé que la fourniture régulière de travail à un journaliste pigiste pendant une longue période fait de lui un collaborateur régulier devant bénéficier des dispositions légales applicables aux journalistes professionnels.

Les correspondants à l’étranger rémunérés à la pige relèvent d’un traitement spécifique. Leur situation combine la relation de collaboration avec FMM, les règles locales du pays d’exercice, les cas de détachement ou de pluriactivité, ainsi que les garanties prévues par le protocole FMM de 2022 et l’accord de 2026 relatif aux correspondants.

CDD, CDDU et CDI à la pige

Le CDI demeure la forme normale de la relation de travail. Un CDD n’est possible que dans les cas prévus par le Code du travail, notamment le remplacement d’un salarié absent ou l’accroissement temporaire de l’activité. Quel que soit son motif, il ne peut pas avoir pour objet ou pour effet de couvrir durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise, conformément à l’article L1242-1 du Code du travail.

Les cas de recours au CDD sont limités par l’article L1242-2 du Code du travail. La CCNTJ ajoute, à son article 17, qu’un journaliste professionnel ne peut être embauché en CDD que pour une mission temporaire dont la nature et la durée sont définies lors de l’embauche.

Une pige est une rémunération à la tâche. Un CDD ou un CDDU payé au temps, à la vacation ou à la journée n’est donc pas juridiquement une pige au sens strict, même si l’expression « CDD de pige » circule parfois dans l’audiovisuel.

Lorsque la collaboration d’un journaliste professionnel rémunéré à la pige est régulière et qu’aucun CDD valable n’est établi, la relation peut être analysée comme un CDI à la pige. Cela ne signifie pas automatiquement temps complet, mensualisation ou intégration comme journaliste permanent.

Pigiste ou journaliste permanent ?

La différence ne dépend pas seulement de la durée de la collaboration. Un pigiste peut travailler longtemps et régulièrement pour une rédaction tout en restant rémunéré à la tâche, dès lors qu’il conserve une liberté d’organisation et n’est pas tenu de consacrer une partie déterminée de son temps à l’entreprise.

Indices d’une vraie pige Indices d’un poste permanent Ce qu’il faut retenir
Rémunération à la tâche, en fonction des sujets, sons, papiers, vidéos ou interventions commandés. Rémunération horaire, mensuelle, forfaitaire ou stable, détachée du nombre de piges. Le mode de rémunération est un indice central.
Possibilité réelle de refuser des commandes et de proposer ses disponibilités. Plannings imposés, plages horaires fixes, vacations régulières ou disponibilité organisée. La liberté d’organisation pèse lourd dans l’analyse.
Pluralité de collaborations, absence de temps déterminé dû à FMM. Intégration dans un service organisé, présence à des conférences, consignes permanentes, contrôle hiérarchique proche. Un contrat intitulé « pigiste » ne suffit pas si la réalité est celle d’un poste permanent.

La requalification en CDI et la requalification en journaliste permanent sont deux questions distinctes. Le juge peut reconnaître un CDI à la pige sans reconnaître un temps complet ni une rémunération mensuelle fixe.

La collaboration régulière

Un journaliste peut rester rémunéré à la pige tout en devenant un collaborateur régulier. Dans ce cas, l’entreprise de presse ne peut pas traiter la relation comme une succession d’interventions isolées et sans continuité.

La Cour de cassation juge que l’employeur d’un pigiste collaborateur régulier doit lui fournir régulièrement du travail, sauf à engager une procédure de licenciement. En revanche, il n’est pas tenu de lui fournir un volume de travail constant, sauf engagement contractuel ou conventionnel plus favorable.

Une baisse ponctuelle peut relever de la variabilité normale de la pige. Une diminution durable, brutale ou un arrêt des commandes après plusieurs années de collaboration peut en revanche caractériser une rupture imputable à l’employeur.

En cas de licenciement, le journaliste relève du régime spécifique des journalistes, notamment l’indemnité prévue aux articles L7112-3 et L7112-4 du Code du travail, avec saisine de la commission arbitrale lorsque l’ancienneté excède quinze ans.

Réflexe pratique. La baisse ou l’arrêt des piges doit être documenté par période : volumes antérieurs, commandes reçues, propositions refusées ou acceptées, échanges avec la rédaction, absence de nouvelles sollicitations, bulletins de salaire et relevés de piges.

Temps de travail, repos et heures supplémentaires

Le pigiste payé à la tâche n’est pas automatiquement soumis à un décompte horaire. Lorsqu’aucun horaire, aucune durée contractuelle et aucune référence conventionnelle au temps de travail ne sont prévus, il devient difficile de revendiquer des heures supplémentaires ou un dépassement des durées maximales.

Cette règle a été fortement précisée par la Cour de cassation dans son arrêt du 25 mars 2026, n° 24-11.375. La Cour a jugé que les dispositions relatives à la durée du travail ne s’appliquent au journaliste rémunéré à la pige que dans les conditions définies par les règles conventionnelles applicables et par le contrat, lorsque la collaboration ne fait aucune référence à un temps de travail.

En revanche, si l’entreprise impose des vacations, des plages horaires, une présence, des permanences, des tableaux de service ou une disponibilité organisée, ces éléments peuvent modifier l’analyse et rapprocher la situation d’un régime de temps de travail ou d’un poste permanent.

Le droit au repos doit rester traité de manière factuelle. Les séries de journées consécutives, le travail de nuit, les missions, les rappels, les permanences et les contraintes de disponibilité doivent être précisément consignés.

Ce qu’il faut conserver
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En cas de litige, la preuve est décisive. Les juges raisonnent très concrètement : qualité de journaliste professionnel, régularité de la collaboration, commandes, conditions d’exécution, autonomie réelle, intégration éventuelle dans une rédaction et évolution du volume de travail.

  • Commandes écrites, courriels, messages, consignes éditoriales et validations.
  • Dates de piges, sujets réalisés, diffusions, publications et annulations.
  • Bulletins de salaire, relevés de piges, attestations et avis d’imposition permettant d’établir les ressources journalistiques globales.
  • Plannings, tableaux de service, convocations, accès aux locaux, outils internes, conférences de rédaction.
  • Échanges relatifs aux refus, indisponibilités, baisses de commandes ou arrêt de la collaboration.
  • Éléments montrant l’autonomie réelle ou, au contraire, l’intégration dans un service organisé.
  • Traces des horaires imposés, du travail de nuit, des journées consécutives, des déplacements, missions ou permanences.
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À savoir

Les principaux arrêts à connaître pour comprendre la situation des journalistes rémunérés à la pige, la différence entre CDI à la pige et poste permanent, ainsi que les effets d’une baisse ou d’un arrêt des commandes.

1FMM : collaboration régulière et droits du pigiste
Jurisprudence FMM

Référence. Cass. soc., 13 mai 2015, n° 13-25.476, France Médias Monde.

Ce que dit l’arrêt. La Cour de cassation retient qu’une collaboration régulière et durable avec France Médias Monde peut faire reconnaître un journaliste pigiste comme collaborateur régulier, avec les droits attachés à la qualité de journaliste professionnel.

À retenir. Une succession de piges ne peut pas toujours être traitée comme une suite de collaborations isolées. Chez FMM, cet arrêt reste central lorsque la relation dure, se répète et répond à un besoin permanent de l’entreprise.

Lire la décision

2Baisse des piges : régularité sans volume constant

Référence. Cass. soc., 29 septembre 2009, n° 08-43.487.

Ce que dit l’arrêt. L’employeur d’un pigiste collaborateur régulier doit lui fournir régulièrement du travail ou rompre la relation selon les règles du licenciement. En revanche, il n’est pas tenu de garantir un volume constant de piges.

À retenir. Une baisse ponctuelle du nombre de commandes ne suffit pas toujours. Une baisse durable, brutale ou un arrêt des commandes peut en revanche caractériser une rupture de fait.

Lire la décision

3Temps de travail : pas d’automaticité des heures supplémentaires

Référence. Cass. soc., 25 mars 2026, n° 24-11.375.

Ce que dit l’arrêt. Lorsque la pige est payée à la tâche, sans horaire fixe, sans durée contractuelle et sans référence au temps de travail, les règles relatives aux heures supplémentaires et aux durées maximales ne s’appliquent pas automatiquement.

À retenir. La qualité de salarié ne suffit pas à elle seule à ouvrir un décompte horaire. Les horaires imposés, les vacations, les permanences, les plannings ou l’intégration dans un service restent donc des preuves essentielles.

Lire la décision

4CDI à la pige : pas automatiquement permanent

Référence. CA Montpellier, 6 février 2025, n° 22/00703.

Ce que dit l’arrêt. La collaboration régulière peut conduire à reconnaître un CDI à la pige, sans transformer automatiquement le journaliste en salarié permanent, à temps plein ou mensualisé.

À retenir. CDI à la pige, temps complet, mensualisation et poste permanent sont quatre questions distinctes. Le juge examine la réalité de l’organisation du travail.

5Pigiste régulier : liberté d’organisation et paiement à la tâche

Références. CA Aix-en-Provence, 26 janvier 2024, n° 21/02968 et n° 21/03000.

Ce que disent les arrêts. Une collaboration longue et régulière, même avec une rémunération minimale garantie, peut rester une pige lorsque le journaliste conserve une liberté d’organisation, peut refuser des sujets et reste payé à la tâche.

À retenir. Un minimum garanti ne suffit pas, à lui seul, à caractériser un poste permanent. Les indices déterminants restent l’organisation concrète, le mode de paiement et le degré d’intégration dans la rédaction.

6Faux pigiste : horaires imposés et paiement au temps

Référence. CA Versailles, 3 avril 2024, n° 22/01291.

Ce que dit l’arrêt. Le juge peut écarter l’intitulé de « pigiste » lorsque le journaliste travaille sur des plages horaires fixes, selon une organisation imposée et avec une rémunération au temps plutôt qu’à la tâche.

À retenir. Le nom donné au contrat ne suffit pas. Ce sont les faits qui comptent : planning, horaires, paiement, contraintes et place réelle dans l’organisation.

7Journaliste permanent : indices d’intégration dans la rédaction

Référence. CA Paris, 3 avril 2024, n° 21/07292.

Ce que dit l’arrêt. Des plannings précis, une rémunération stable et une forte intégration dans une rédaction peuvent faire apparaître une situation de journaliste permanent.

À retenir. Plus le journaliste est traité comme un permanent dans les faits, plus la qualification de simple pige devient fragile.

8Journaliste professionnel : appréciation globale des ressources

Référence. CA Versailles, 13 juin 2024, n° 22/01789.

Ce que dit l’arrêt. Le principal des ressources peut s’apprécier sur l’ensemble de l’activité journalistique, et pas uniquement au regard de la relation avec un seul média.

À retenir. Les revenus tirés d’autres collaborations journalistiques peuvent aider à établir la qualité de journaliste professionnel.

9Requalification : ancienneté, classification et droits conventionnels

Référence. CA Versailles, 28 novembre 2024, n° 22/02006.

Ce que dit l’arrêt. Lorsque la présomption de salariat et la réalité de la collaboration conduisent à reconnaître un CDI, le juge peut ensuite examiner l’ancienneté, la classification et les droits conventionnels du journaliste.

À retenir. La requalification ne porte pas seulement sur l’étiquette du contrat. Elle peut aussi entraîner une discussion sur les droits attachés à la relation de travail.

10Salaire, droits d’auteur et redressement social

Références. CA Paris, 26 avril 2024, et TJ Paris, 25 octobre 2024.

Ce que disent ces décisions. En matière sociale, des rémunérations versées hors salaire peuvent être réintégrées dans le régime général lorsque l’activité correspond en réalité à un travail journalistique salarié.

À retenir. Le paiement en droits d’auteur, sur facture ou hors bulletin de salaire ne sécurise pas l’employeur lorsque la relation relève en fait du salariat journalistique.